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Appel à la mobilisation - Jeudi 31/05 à 16h00 au Marni, Bruxelles

 

Chers ami(e)s, proches, moins proches...

 

Je suis revenu hier soir du Théâtre National à la fois heureux et triste mais surtout démuni.

 

Heureux parce que la profession théâtrale se mobilise comme jamais, pour défendre le

National, mais aussi surtout pour défendre une profession, un secteur artistique dans son

ensemble, victime du mépris de la classe politique pour la culture.

J'étais heureux parce que le discours de cette assemblée dépassait le cadre simple du théâtre.

La mobilisation naissante de ces gens de la scène vise à défendre tout le SECTEUR

CULTUREL. Et ce qui est admirable c'est qu'ils tentent de mettre de côté les egos, les

jalousies, les mesquineries, les corporatismes, les inégalités de traitement, les divergences

artistiques pour lutter ensemble contre une vision néo-libérale de la culture (même si celle-ci est

aujourd'hui cachée derrière un arc-en-ciel aux couleurs délavées).

 

Car le danger est bien réel. Le secteur culturel est sous-financé et surtout terriblement méprisé

par la classe politique. Et hier soir certains voyaient dans l'attitude, la stratégie du Ministre Miller

une volonté délibérée d'anéantir une partie du secteur culturel, celle qui ne sera jamais une

industrie. Paranoia ? Pas si sûr. Il faut lire l'interview de Hasquin parue dans la Libre en

septembre 2000 (lue hier soir par Sirieul) pour se rendre compte à quel point une vision

néo-libérale de la culture est dangereuse pour la démocratie, pour la création. Je vais essayer

de retrouver le texte et si ça intéresse quelqu'un je lui enverrai. Il s'agit de mépris de la culture et

des fondements du service public, d'une banale vision néo-libérale en somme.

 

Car il s'agit bien de mépris pour la culture lorsqu'une soirée d'"ouverture" du Palace (ex-Klada,

futur/provisoire/définitif National), coûte 7.000.000. fb (chiffre cité par Philippe Sireuil hier soir

- moi je croyais 3.000.000 fb), navette de bus, duplex de Miller à Cannes et zakouskis

compris. C'est plus du 1/9 du budget annuel de la Cinémathèque ou du théâtre Varia. Et cela

pour une soirée de prestige servant les politiques libéraux  francophones (Hasquin / Miller) à

faire publiquement la nique aux flamands, comme un chien pisse sur un mur pour marquer un

territoire. Attitude infantile, inconsciente et dangereuse pour la démocratie. Mais ambiguë est

aussi l'attitude d'une partie des acteurs culturels qui étaient présents à cette soirée, sans réagir.

Ce silence est aussi complice.

Il s'agit bien de mépris dans l'histoire du National, doté du cadeau empoisonné du Palace, forcé

de probablement louer un chapiteau ici et là, de se faire prêter l'une ou l'autre salle... mais

incapable aujourd'hui de savoir comment ils travailleront la saison prochaine..

Il s'agit bien de mépris lorsqu'on voit l'histoire récente de la Cinémathèque.

Il s'agit bien de mépris lorsqu'on voit les faibles budgets alloués à la création artistique tous

secteurs confondus.

 

Et donc hier soir, j'étais heureux en revenant du National. Parce que cela bouge, que les paroles

s'allient et que les langues se délient. Parce qu'enfin on laisse de côté la logique des petites

stratégies de survies à court-terme dans un secteur exsangue pour penser ensemble le

long-terme d'un secteur culturel tout entier.

 

Mais cet élan s'est mué en tristesse car il n'y avait dans la salle que quelques rares acteurs du

monde du cinéma. Là, un distributeur de films, là un étudiant en cinéma, là un cinéaste... c'est

peu face à l'exemple que donne le secteur théâtral.

 

D'accord l'appel n'était pas largement diffusé... mais pour la suivante mobilisation du secteur

théâtral (la rencontre avec le Ministre Miller ce jeudi à 16h00 au Théâtre Marni), il faudra

montrer que le mouvement initié autour du National est suivi par les autres arts.

 

Car il faut crier que la culture n'est pas un produit de consommation qui doit être rentable. Que

le cinéma, coincé dans la schizophrénie que couvre son histoire - à la fois art de recherche et

industrie - ne peut être considéré comme une marchandise. Il existe un cinéma non-commercial,

de création, de recherche, de plus faible diffusion qui ne peut pas être soumis aux mêmes

logiques, ni dans sa production, ni dans sa diffusion, que les produits cinématographiques

commerciaux. Et c'est ce cinéma là qu'il faut défendre en priorité. Défendre une logique de

création artistique libre contre une vision néo-libérale marchande.

 

Pour arriver à quelque chose dans le secteur du cinéma, il faudra aussi laisser au vestiaire les

petites stratégies des uns et des autres, les mesquineries et les egos, les intérêts à court-terme,

les alliances tacites, les corporatismes, le régionalisme de certains, les ambiguités des autres... Il

faudra choisir son camp et oser le dire publiquement.

 

Et si j'étais triste hier soir en arrivant chez moi, c'est que je ne vois pas bien comment le milieu

du cinéma peut marcher ensemble pour défendre la culture. Franchement. Je ne le sens pas

capable de laisser de côté tout cela pour défendre honnêtement un secteur en crise, une

démocratie en crise.

 

Il ne s'agit pas cette fois de laisser un collectif de jeunes cinéastes être le porte-drapeau isolé

d'une revendication. Il ne faut pas croire qu'une simple carte-blanche signée par quelques

intellectuels suffira. Il faut une mobilisation ouverte du secteur culturel dans son ensemble,

comme le théâtre la prouve possible aujourd'hui.

 

Alors je n'ai pas de solution stratégique à la mobilisation. Tout ce que je sais c'est que l'élan

ressenti hier soir dans la grande salle du National a peut-être une chance de poser le débat

global de la précarité du secteur culturel.

 

Cette semaine est évidemment cruciale avec le vote sur les accords du Lambermont/Polycarpe

qui va décider (nous dit-on) de la survie de la Communauté Française. Mais quel que soit le

résultat de ce vote, il faut pouvoir continuer à crier haut et fort l'absence de politique culturelle

cohérente et l'absence de volonté affichée de défendre les notions de service public et de

culture. Il faut exiger que la culture soit enfin dignement financée au lieu de maintenir

stratégiquement ce secteur dans un état de sous-financement et de précarité.

 

Je vous demande donc d'être présents ce JEUDI 31 MAI à 16h00 au Marni (Rue de

Vergnies à Ixelles) à la rencontre organisée entre le secteur théâtral et le Ministre

Miller. Nous devons montrer que le secteur culturel dans son ensemble est mobilisé et que la

question n'est pas isolée au théâtre mais touche toute la culture, cinéma de création compris. La

rencontre avec le Ministre débouchera sur une réunion ouverte comme celle de lundi au

National. C'est aussi le moment de nous dire solidaires, présents et actifs.

 

Je vous livre aussi le texte de Culture et Démocratie qui me semble être un bon appel à la

mobilisation à faire circuler.

 

A jeudi,

 

Javier Packer-Comyn