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Déjà s'envole la fleur maigre de Paul MeyerEn 1959, année où fut tourné Déjà s'envole la fleur inaigre, le cinéma belge se résumait aux documentaires de l'ancien collaborateur de Joris Ivens, Henri Storck, et à quelques comédies bon enfant telles De Witte, Féle de quartier et Un soir de joie, destinées à la consommation locale. Paul Meyer fut le premier - quelques années avant André Delvaux et Chantal Akerman - à le sortir de sa torpeur.
Le cinéaste avait, au départ, mission de réaliser un court métrage de propagande sur la bonne intégration des enfants de travailleurs immigrés dans le Borinage, région qui vit de l'extraction du charbon. Mais, une fois sur place, il constate que les mines sont menacées de fermeture. Le projet initial de faire passer une région déshéritée pour un pays de cocagne se transforme alors, au grand dam des commanditaires, en chronique de la vie d'une communauté de mineurs venus des quatre coins d'Europe.
Le film s'ouvre avec l'arrivée inquiète d'une famille sicilienne venue rejoindre le père, qui l'accueille en compagnie d'un "rabatteur" trop jovial pour être honnête. Comme le fera, des années plus tard, Ken Loach, Paul Meyer fait jouer aux gens leur propre personnage. Parmi ces comédiens d'occasion, Domenico, dit "l'Ancien". Usé par dix-sept ans de travail harassant et de solitude, il a décidé de rentrer au pays.
Les enfants, qui savent transformer en aire de jeux les territoires les plus ingrats, dévalent les terrils assis sur des moules à tarte. Le dimanche, le village fait la fête. Les jeunes sont rassemblés par affinité linguistique. Le fils aîné des nouveaux arrivants invite à danser une blonde et appétissante Wallonne. Le slow terminé, il lui déclare son amour. La jeune fille ne comprend pas un mot d'italien. Elle se détourne en riant.
Les scènes se succèdent, comme prises sur le vif. Elles baignent dans un noir et blanc qui a la beauté sans apprêt des photos de famille des années 50. A l'exemple de Rossellini et de De Sica, à l'évidence ses maîtres, Paul Meyer est tout amour pour ses personnages, mais ne tombe pas pour autant dans l'ouvriérisme. Bien que couronné dans de nombreux festivals, ce film était, jusqu'à présent, inédit en France. Il nous arrive aujourd'hui, âgé de 34 ans, mais d'une fraîcheur tonifiante.
Joshka Schidlew
Télérama N'2310 - 20 avril 1994
Déjà s'envole la fleur maigre
1959. Belgique (1 h 30). Réalisation, scénario et dialogues : Paul Meyer. Image : Freddy Rents, Jules Bechof, Philip Cape, Claude Gabriels. Monta- ge : Rose Tuytschaver, Paul Meyer. Son : Roland de Saiency. Musique : Arsène Souffriau. Prod. : Paul Meyer. Distr. : Cinéma Public Films.