w w w . c i n e m a w a l l o n i e . b e
Article de la revue " 1+1 = 3 " N° 12 - Oct 2000 - Meusinvest : "Le
Verbois", rue du Verbois 13b, 4000 - Liège - Belgique.
Les Films de la Drève " sur orbite
Le cinéma de Wallonie à la croisée des chemins culturel et économique
Entreprise : Les Films de la Drève s.c.r.l.
Localisation : Liège
Activité : Production de films de cinéma ( fiction et documentaire)
Intervention Meusinvest : Prise de participation au capital complétée d'un prêt.
Objectif : Permettre à la société de production de fonctionner à plein rendement en-dehors
des périodes de tournage de films pour multiplier les projets.
Secteurs: Culture et audiovisuel
Le cinéma de Wallonie bénéficie d'une réputation flatteuse dans les milieux professionnels.
Connu pour sa qualité et son originalité, il sort de plus en plus d'une relative confidentialité
internationale à la faveur de réalisations qui ont obtenu récemment des prix prestigieux.
Le phénomène pourtant n'est pas nouveau. Jean-Jacques Andrien a réalisé trois longs
métrages " Le grand paysage d'Alexis Droeven ", " Le fils d'Amr est mort " et "
Australia " qui tous trois ont reçu des distinctions importantes en Belgique et à l'étranger.
Mais ce cinéma de Wallonie traîne aussi comme un boulet une réputation de cinéma d'art
et d'essai peu populaire. Or, les chiffres démentent cette image. A titre d'exemples, ceux de "Rosetta"
des frères Dardenne, mais aussi " Australia " qui a fait 400.000 entrées en France, il
y a quelques années, ce qui pour l'époque était un chiffre plus que respectable et lors d'une
diffusion à la BBC en Grande-Bretagne, il a réuni 1.5 millions de téléspectateurs.
Ce film a été vendu dans plus de trente pays.
La mouvance qui voit l'invasion massive du marché cinématographique par les produits souvent standardisés
de la production américaine amène le public par réaction à s'intéresser de plus
en plus à des films de qualité.
Mais surtout le secteur de la production cinématographique connaît actuellement en Wallonie un virage
déterminant qui voit se rencontrer davantage l'aspect culturel et l'aspect économique.
Cette évolution était urgente. La production cinématographique en Communauté française
et plus particulièrement en Wallonie rencontrait en effet un problème important de manque de moyens
avec une double conséquence.
D'abord la plupart des réalisateurs devenaient leur propre producteur vu le peu de possibilité de(s)
structure de production. De ce fait, par manque de disponibilité matérielle et intellectuelle, ils
se trouvaient dans la situation de réaliser des films de manière trop épisodique.
L'explication tient partiellement dans les mécanismes de financement accessibles jusque maintenant à
la production belge francophone.
La principale source de financement public à ce secteur provient de la Communauté française
qui intervient sur le produit; c.a.d. sur sa fabrication. Il s'agit principalement d'aides financières à
la production.
Cette intervention permet un effet de levier financier indispensable et un apport appréciable dans le contexte
des négociations avec des partenaires comme la RTBF, Canal Plus, RTL ou d'autres partenaires coproducteurs,
belges ou étrangers.
Mais, dans l'activité de la plupart de ces sociétés de production, entre les phases de fabrication
de films, il y a un vide.
Les producteurs- réalisateurs doivent se débrouiller comme ils le peuvent pour élaborer leurs
nouveaux projets, les faire connaître, développer ceux-ci, les budgéter, rechercher les fonds
et après réalisation des films, pour les commercialiser et les diffuser. En clair, il manque un soutien
à l'outil; c.a.d. à des structures professionnelles et permanentes de production.
Pour contrer cette difficulté et permettre le développement de la production cinéma en Wallonie
et par conséquent en Communauté française , Jean-Jacques Andrien qui s'est toujours investi
dans le secteur au-delà de ses propres activités de réalisation, a créé, en
1997 avec d'autres, une association " Cinéma-Wallonie " qui repose sur une approche transversale.
Il n'y a pas dans cette association que des producteurs- réalisateurs. Il y a toute une série de
personnes qui touchent d'une façon ou d'une autre, le métier cinématographique : des exploitants
de salles, distributeur, critiques de cinéma, scénaristes etc.
Cette association est devenue un interlocuteur de la Région Wallonne qui a commencé à s'ouvrir
à l'idée que la production cinématographique n'est pas seulement un acte culturel mais aussi
un acte économique, une tendance qui a été concrétisée récemment par
la création du Pôle de l'image en Wallonie, à l'initiative du Ministre Kubla. Ce Pôle
intègre trois secteurs : le cinéma, la BD et l'audiovisuel.
Mais ce chaînon manquant entre le culturel et l'économique est aussi apporté par Meusinvest.
L'invest liégeois, on le sait, s'intéresse de plus en plus au secteur multimédia et de la
culture.
Il a décidé d'intervenir dans une capitalisation des Films de la Drève, la société
de production de Jean-Jacques Andrien et d'ajouter à cette prise de participation, la mise à disposition
de moyens financiers sous forme de prêt.
Ceci permet à Jean-Jacques Andrien de se libérer d'une série d'activités de formation
qu'il assumait pour se constituer un revenu et financer la pré-préparation de ses films, donc de
créer et de gérer une structure permanente de production avec la sérénité nécessaire
pour développer des produits à un rythme beaucoup plus soutenu qu'auparavant. Cela pour réaliser
aussi bien ses propres films que ceux d'autres qu'il souhaite voir sur les écrans : il a actuellement un
nouveau projet qui se tournera partiellement à Verviers et partiellement en Australie centrale et dont le
titre sera " Le silence d'Alexandre ".
Son associée, Yasmine Kassari, travaille sur un long métrage " L'enfant endormi " qui se
tournera au Maroc et achève en ce moment un court métrage intitulé "Lynda et Nadia".
La rencontre entre Meusinvest et les films de la drève n'est pas un hasard. Elle est manifestement le résultat,
à la fois d'une évolution de la conception du cinéma et de la vision qu'en ont les milieux
économiques de Wallonie. C'est aussi la concrétisation de la vision sectorielle de Meusinvest. C'est
en tout cas un rapprochement dont se félicite Jean-Jacques Andrien qui insiste sur le fait qu'il a rencontré
en Meusinvest non seulement un partenaire financier mais aussi quelqu'un qui a amené une lecture économique
nouvelle de son activité, livrant des perspectives beaucoup plus efficaces et beaucoup plus réalistes
d'un point de vue économique en y ajoutant un conseil sur la structuration de son équipe et les axes
de développement prioritaires en termes commercial, d'équipement et de relations avec l'environnement
administratif.
Le cinéma de Wallonie se porte bien. Tout laisse à penser qu'avec ce type de connexion, son avenir
est teinté d'optimisme.