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COMMUNAUTE FRANCAISE
Il n'y a plus de tabou...PAR GUY DUPLAT
Philippe Suinen, le «Monsieur relations extérieures»
des francophones, plaide pour réflexion sur la fusion Région
wallonne-Communauté
ENTRETIEN
Philippe Suinen est le «Monsieur affaires étrangères et commerce extérieur» de tous les francophones. Il dirige les services des relations extérieures tant de la Communauté Wallonie-Bruxelles que de la région wallonne (DRI et CGRI), il cornaque le commerce extérieur wallon (l'Awex), il supervise le rayonnement des profs à l'étranger (Apefe) et gérera les nouvelles compétences en matière de commerce extérieur et d'aide au développement prévues par les accords de Saint-Polycarpe. Sur le terrain, il constate qu'une fusion de ces services est fructueuse. A titre personnel, il plaide pour une fusion entre Région wallonne et Communauté.
«Il existe une complémentarité évidente entre la région wallonne et la Communauté française, dit-il. J'appelle cela l'effet capuccino. L'addition des deux fait plus que les deux séparés. Sur le plan économique par exemple, Bruxelles a une économie de services alors que la Wallonie a une économie d'industries et de techniques. Pour le commerce extérieur, la Wallonie a besoin de Bruxelles, grande ville métissée et internationale. La Wallonie est un poumon vert indispensable aux portes de Bruxelles. L'éducation (la Communauté) et le développement économique (la région) vont de pair. Le contrat d'avenir pour la Wallonie concerne aussi la Communauté.» Bref, tout plaide pour un rapprochement entre les deux institutions. Philippe Suinen oeuvre à une fusion entre les divers départements dont il a la responsabilité. Il est appuyé par les déclarations gouvernementales.
Un organigramme unique regroupe déjà la DRI, la CGRI et l'Apefe. Les représentants à l'étranger travaillent déjà indistinctement pour un organisme ou l'autre. A Paris, on va regrouper tous les représentants francophones dans un même bâtiment. «Nos objectifs en matière de relations internationales sont les mêmes pour la région et pour la Communauté: donner la fierté à un peuple, promouvoir l'emploi, concrétiser nos valeurs de solidarité et de respect des minorités. Inversement, la différenciation institutionnelle actuelle est difficile à expliquer à nos interlocuteurs étrangers. J'ai toutes les peines du monde à leur dire que la Communauté française, ce sont les Bruxellois francophones, plus les Wallons, mais moins les Germanophones. L'appellation Wallonie-Bruxelles est déjà en ce sens, un mieux.» Philippe Suinen voudrait que la fusion de fait de ses administrations devienne une fusion de droit, créant une «agence internationale Wallonie-Bruxelles», qui dépendrait directement des ministres compétents et pas de l'administration wallonne ou communautaire. Mais il se heurte à des problèmes de compatibilité de statuts juridiques entre les institutions.
Le mot «fusion» n'est-il donc plus tabou? Il y a quinze ans, les ministres Wathelet et Monfils avaient étudié la fusion mais elle avait échoué parce qu'il n'existait pas encore de Région bruxelloise. «Aujourd'hui, en tant que citoyen, je le précise bien, j'estime qu'il serait intéressant de réfléchir pour les deux prochaines législatures à une forme de gouvernement qui serait basé sur la région wallonne élargie aux Bruxellois francophones pour les matières qui les concernent. Comme cela se fait en Flandre. Les conditions concernant la région bruxelloise sont maintenant réunies. Et si les francophones formaient une seule équipe, ils gagneraient incontestablement en efficacité.»
© La Libre Belgique 2001